_________ Chapitre Trois; Jin Yosuka.èèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèè
Parfois, je me demande si je suis tout simplement trop gentille, ou bien trop conne... Sérieusement. Je suis de ces personnes pour qui dire 'non' à quelqu'un relève de l'exploit. Ainsi, je suis la bonne copine de tout le monde et l'amie de personne. Je suis de celles dont on se souvient un moment mais pas que l'on n'oublie jamais. Si je dois me définir, j'utiliserais l'adjectif qualificatif : plate. Je ne m'énerve jamais, je suis toujours d'un calme olympien, toujours diplomate. En échange de cela, j'ai le bénéfice d'avoir une certaine notoriété tout de même. Pour peu que vous n'ayez pas fait votre exercice d'algèbre, vous savez à qui le demander... Mais surtout, cela m'assure la paix. Je ne suis pas l'objet de potins, de ragots. Je ne suis pas la jolie Européenne à la peau blanche, canon, drôle, et intéressante. Non, je suis juste la bonne copine de tout le monde. Ça se résume à ça. Pour être tout à fait honnête, j'admirais tout de même toutes ces filles aux jupes trop courtes, aux sourires trop blancs, aux rires trop forts... Quand on vit dans l'ombre des autres, on est facilement éblouie par le soleil, c'est un fait. J'étais de celle qui font la décoration d'un lycée, entre la coupe du rallye des maths et celle des majorettes, "Jin Yosuka, la fille qui ne sait pas dire non". Désespérant. Et si encore ma conversation avait pu être intéressante, mais apparemment le fait d'avoir perdu mes parents à 6 mois et d'avoir été adoptée par un couple de Japonais ne captivait pas vraiment les foules. Aujourd'hui encore, ils sont les seuls à me considérer toujours comme leur petit miracle personnel. Alors pour terminer cette description, je dirais que je suis très semblable à un robot de cuisine. Vous savez, celui qui est si utile pour éplucher vos carottes mais qui devient encombrant et inutile dès que vous n'avez plus de légumes. Celui que l'on oublit facilement sur l'étagère quoi, avec la poussière pour amie.
Jin Yosuka
Tokyo, 16h10.èèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèLa cacophonie d'un lycée en pleine excitation donnait le mal de crâne à Jin. Fatiguée par sa journée, la jeune femme vidait son casier de ses affaires tranquillement. Le seul point positif d'aujourd'hui était que la jeune femme avait sûrement reçu son colis à l'heure qu'il était. Colis qu'elle attendait depuis des semaines maintenant. Alors qu'elle refermait à clés son casier, une jeune fille aux cheveux noirs de jais et bleu électrique lui sauta dessus, toute excitée.
- Jin ! Jin ! Il faut absolument que je te demande quelque chose !
- Oui, bien sûr, répondit calmement la jeune femme en se demandant si on allait lui emprunter son devoir de maths ou son invitation pour une fête ce weekend.
- Tu sais Adrian... Le nouveau... Il est Allemand je crois, comme toi non ?
- Non. Je suis d'origine polonaise.
- Ah oui, sourit-elle. Et bien disons que je le trouve craquant et que comme tu dois lui faire visiter le lycée... Peut être que tu pourrait lui parler de moi, non ?
- Bien sûr, je ferais ce que je peux, répondit Jin, lasse.
- Oh merci, tu es vraiment la meilleure !
Quand ça t'arrange, pensa amèrement la jeune femme qui lui adressa un signe de la main avant de s'éloigner vers la sortie de l'établissement.
Tokyo, 17h30.èèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèComme tous les jours, Jin faisait un long détour par la ville afin de rentrer le moins rapidement chez elle. On aurait pu croire qu'elle serait pressée de quitter le lycée pour un endroit où elle pourrait enfin être en paix, mais ce n'était pas le cas de sa maison. Depuis quelques années déjà, sa mère subissait dépression sur dépression, et le moindre acte, la moindre parole de Jin pouvait parfois avoir des conséquences désastreuses sur elle. C'est pourquoi sûrement la jeune femme préférait éviter ce genre de confrontation.
Lorsqu'elle passa le seuil de l'appartement, elle fit le moins de bruit possible. Le meilleur des scénarios possible était celui où sa mère dormait et où elle parvenait à s'éclipser dans sa chambre discrètement et se faire oublier jusqu'au soir. Malheureusement pour elle, ce jour là, sa mère était allongée dans le canapé et ouvrit les yeux dès qu'elle franchit le seuil.
- Chérie ? C'est toi ?
- Oui Maman, répondit à voix basse la jeune fille.
- Mmh... ajouta sa mère en soupirant, tu as passé une bonne journée ?
- Très agréable, mentit Jin. Et toi ? Tu es bien reposée ? ajouta-t-elle en s'asseyant à côté d'elle sur un rebord du canapé.
- Oui... Laisse moi maintenant, ajouta sa mère froidement.
Sans demander plus, Jin se leva et quitta la pièce doucement. Elle n'en voulait pas à sa mère, elle savait que celle-ci faisait de son mieux, seulement parfois, la situation était difficile à supporter et dans ces cas là, il y avait toujours son père... Jin ne savait pas comment il faisait pour être aussi fort et parvenir à tout supporter. Il était plus qu'un modèle pour elle, un véritable héros, et il était le seul à qui elle ne pouvait mentir ou faire semblant. Il l'a connaissait bien trop. Une fois dans sa chambre, la jeune femme se laissa tomber sur son lit et, mollement, s'enroula dans sa couette et ferma les yeux un moment.
Du côté de Jin...èèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèLorsque Jin ouvrit de nouveau les yeux, elle n'était plus dans son lit et à en croire la végétation aux alentours, elle n'était plus non plus à Tokyo. Le peu d'arbres qui existaient encore dans la ville, étaient entourés de bloc de béton et non de grands champs d'herbes hautes. Effrayée par cette vision qui semblait si réelle, la jeune femme bondit sur ses pieds, regardant avec anxiété autour d'elle.
Avait elle été enlevée ? Qui donc avait donc bien pu faire cela ? Après tout, elle n'avait strictement rien sentit pendant son sommeil. Car maintenant, elle était certaine de ne pas être en train de rêver. Les sensations sur son corps ne pouvaient être feinte par le sommeil. Le vent jouait avec ses mèches folles, l'herbe avait même cette odeur particulière qu'elle n'avait plus sentit depuis des années... Son subconscient ne pouvait tromper à ce point ses sens. A moins que... A moins qu'elle ne subisse une maladie comme celle de sa mère. Après tout, peut être était elle en train de devenir folle, elle aussi. Ce n'était peut être pas dans les gênes, mais Jin en avait suffisamment lu sur les maladies psychologiques pour réussir à repérer les premiers signes. Et se retrouver dans une plaine d'herbe au réveil, alors qu'on s'était tranquillement endormie dans son ses draps au douzième étage d'un gratte ciel, ne témoignait pas d'une santé mentale très sûre.
Perdue dans ses pensées, Jin n'avait pas entendu des bruits de pas derrière elle et ce ne fut que lorsqu'elle perçu enfin un soupire sonore qu'elle se retourna brusquement vers sa source. Devant elle, se tenait une jeune femme brune, d'à peu près son âge, qui la fixait avec les traits figés dans une expression de colère et d'agacement.
- Ton bras, lui asséna-t-elle.
Stupéfaite, la première réaction de Jin fut de baisser les yeux vers les siens afin de vérifier leur état. Tout semblait normal. Pourquoi cette fille avait-elle l'air si contrariée ?
- J'ai besoin d'aide. Il faut que tu me donnes ton bras.
- Je..., articula Jin, perdue.
- Donne !
Jin observa alors avec une surprise pleine de peur son propre corps désobéir à sa volonté. Son main droite agrippa son bras gauche et, le désarticula avant de l'arracher et de le tendre à la jeune fille impatiente. Un cris d'horreur retentit dans la tête de la jeune femme mais aucune voix ne lui fit écho. Le silence total pendant que l'inconnue partait avec son bras. Alors que Jin commençait à tourner de l'½il, son c½ur battant la chamade, ses genoux fléchirent enfin et un cri étouffé sortit de sa gorge alors qu'elle s'affalait au sol. Rapidement, elle porta sa main à son front pour en enlever la sueur et constata que ses membres étaient toujours à leur place. Ses deux bras, ses deux jambes, rien ne manquait.
Alors qu'elle tremblait encore de sa mauvaise expérience, Jin conclu qu'elle commençait bel et bien à avoir des problèmes psychologiques. Des hallucinations sûrement. Pendant les minutes qui suivirent, les choses n'allèrent pas en s'arrangeant. Alors qu'elle s'était recroquevillée au sol, elle assistait, impuissante, au défilé des personnes qui venaient vers elle pour lui ordonner de lui offrir une partie de son corps. Jin ne su dire si cette horrible torture mentale dura quelques minutes ou quelques heures. La douleur n'était pas physique, c'était juste terriblement choquant de voir ses membres partir un à un que son cerveau créait une douleur fictive pour expliquer tout cela. Au bout d'un moment, des larmes vinrent dessiner de longues traces sur ses joues pâles. Que ce soit un cauchemar, une illusion ou la réalité, tout ce qu'elle voulait était que ça se termine.
Brusquement, une jeune blonde apparu à ses côtés. Elle attira l'attention de Jin par ses expressions. La jeune femme ne ressemblait pas à toutes les autres personnes qui venaient de croiser la route de Jin. Elle était arrivée ici sans explication et semblait déboussolée. Cette dernière porta sa main sur son front, dégageant quelques mèches blondes, chancela un peu et tomba lourdement à quelques mètres de Jin.
- Je... crois que j'ai besoin d'aide, articula-t-elle lentement.
Jin resta silencieuse quelques instants, attendant un hypothétique ordre de lui donner une partie de son corps. Mais rien ne vint, la jeune blonde cligna des yeux plusieurs fois, semblant ne pas être dans son assiette.
- Tant que tu ne me demandes pas mon bras, répondit Jin.