ASHES OF DREAM;

ASHES OF DREAM;
« Nous sommes faits de la même substance que nos rêves,
et notre petite vie est toute ceinte de sommeil. »
— Prospero de Shakespeare





ASHES OF DREAM
In every corners of the world, you'll find someone like you, be quite sure of that.






Ashes™

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# Posté le mercredi 15 avril 2009 11:41

Modifié le jeudi 29 octobre 2009 07:14

CHAPITRE UN; Charlie Barnier

CHAPITRE UN; Charlie Barnier
_________ Chapitre Un; Charlie Barnier.èèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèè


Avez-vous déjà entendu ce proverbe qui dit qu'il existe toujours trois personnes en vous ? Il y a tout d'abord celle que vous pensez être, ensuite celle que vous souhaiteriez être et celle que vous êtes réellement. Le proverbe ajoute que celle dont on ignore le plus est la dernière. Lorsque j'avais entendu ce proverbe, je me souviens que je n'avais pas pu m'empêcher de rire. Il n'était pas plus menteur qu'un autre pourtant, c'était cependant une étrange vérité générale que cette vision schizophrène de notre existence. Ces multiples facettes instables de notre vie. C'était à ce moment que j'avais rigolé, puisqu'à vrai dire, personne ne connaitrait jamais vraiment ne serait ce qu'un seul tiers de ce qui devait me composer. L'être que j'étais, qu'importe la partie, était insipide. Inintéressant. Et ce n'était pas de la fausse modestie, si seulement. Avant tout cela, j'étais cette personne. Personne n'aurait pu me contredire, m'amener à me considérer autrement. Personne ne me connaissait. J'étais la fille du deuxième rang à gauche en classe, celle qu'on survole. J'étais la fille qui marchait la tête vers le sol, n'ayant rien d'autre à faire que compter les pas jusqu'à la maison. Lycée- Maison, 324. 320 quand j'étais en forme. Il n'y avait bien que mon père pour faire sonner mon téléphone. Dernier cris d'ailleurs, puisqu'affection et carte de crédit semblaient être des synonymes pour lui. Pas mal de gens n'ont jamais entendu le son de ma voix, n'ont jamais remarqué comme celle-ci était basse et peu assurée. Étrange alors, que tout cela ait commencé par un cris. Strident, fort, à vous briser les tympans. Comme celui d'un nouveau né. La naissance de la personne que je souhaiterais être, et qui va arriver.

Charlie Barnier.

Paris, 20h30.èèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèè

Charlie était allongée dans son lit. Elle ne pouvait plus bouger sinon elle risquait de déranger tout son assemblement. Cela lui avait prit presque une demi heure pour mettre en ordre toutes ses partitions de piano par ordre de préférence, avant de décider que finalement, elle préférait les ranger selon l'ordre alphabétique des compositeurs. Au final, ils étaient tous étalés là. Un beau tapis de lignes noires qui s'étendaient sur toute la largeur de la couette. Mozart, Bach, Chopin, Debussy, Satie ... Et tant d'autres. Maintenant, elle ne pouvait plus bouger au risque que les ondulations de la couette n'emmêlent tout. Elle devait être bien creuse son existence, pour que sa priorité du moment soit de ne pas déranger ses feuilles, pensa-t-elle amèrement.

La jeune femme fut arrachée à ses pensées par la sonnerie stridente qui retentit dans tout l'appartement. Charlie habitait au dernier étage d'un grand immeuble Parisien. Elle vivait là seule, les trois quart du temps, et n'occupait qu'une petite partie de l'immense espace. Aussi fut elle surprise de savoir quelqu'un devant la porte, alors que son père ne devait pas revenir de voyage avant plusieurs jours. Elle se leva à regret de son lit, veillant à ne rien déranger et traversa quelques pièces rapidement avant d'atteindre la porte.

Elle l'ouvrit pour se retrouver face à un inconnu. Plus grand qu'elle, il devait la dépasser facilement d'une tête. Charlie ouvrit des yeux étonnés. Personne ne venait jamais sonner à sa porte à part le livreur de pizza.
- Mademoiselle Charlie Barnier ? demanda-t-il.
- Oui. Que-que puis je pour vous ?
L'homme ne lui répondit pas. Ou du moins pas vraiment de la manière à laquelle elle s'attendait. Son bras se saisit dans un mouvement vif du poignet de Charlie et, alors qu'il la forçait à se retourner, la peur prit la jeune fille au ventre. La réaction qui s'enchaîna fut un cri perçant qu'elle eut du mal à percevoir comme sien. Un choc sourd se fit sentir sur le haut de son crâne, et puis plus rien.

Du côté de Charlie...èèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèè

Les yeux clos, Charlie était persuadé d'être dans l'au delà. La vérité était là, elle devait être morte. C'est ce qu'on lui avait dit, quand un silence incroyable vous entourait. Elle se rappelait qu'on lui avait aussi parlé de voir toute sa vie défiler devant ses yeux, mais rien ne se passait maintenant. La jeune fille soupira et entendit même l'écho de son souffle dans ce vide. Pour contrer le mauvais sort qui s'acharnait sur elle, Charlie décida de se remémorer elle même ses souvenirs, avant qu'un vide intégral ne s'empare d'elle. Peut être était elle supposé s'absoudre de ses péchés et erreurs, mais elle n'en avait pas vraiment envie à cette heure là.

A la place, elle tenta de se souvenir, de se remémorer sa mère, dans le peu d'image qu'elle conservait encore d'elle. De toute façon qu'importe si c'était flou, si Charlie était morte, elle la reverrait sûrement bientôt. Un bruit de détonation vint la sortir de sa torpeur brutalement. Était-ce le signal pour dire que désormais, elle était accepté au Paradis, et que l'attente était terminée ?

Des bruits de course se rapprochèrent de ses oreilles et dans la seconde qui suivait, des mains puissantes la secouaient dans tous les sens.
- Réveille toi ! Allez s'il te plait !
La voix était insistante, apeurée et força Charlie à ouvrir ses yeux. L'homme brun soupira et sans ménagement la releva brutalement du sol. Charlie ne prit pas la peine d'observer longuement le paysage autours d'elle pour comprendre qu'elle se trouvait sur une plage. L'homme l'entraînait déjà au loin.
- Mais qu'est ce que tu fais ? s'exclama-t-elle.
- Cours ! Il ne faut pas qu'ils nous rattrapent !
- Mais de quoi tu parles ? lâcha la jeune femme en cessant de courir derrière lui.
Une seconde détonation retentit, cette fois plus près, et la jeune fille l'assimila rapidement à un coup de feu. Sans réfléchir plus, elle saisit la main tendue et se mit à détaler avec un parfait inconnu. S'il voulait l'emmener loin des coups de feu, il ne pouvait être totalement méchant, pensa-t-elle prosaïquement.

# Posté le mercredi 15 avril 2009 11:51

Modifié le jeudi 08 octobre 2009 16:15

CHAPITRE DEUX; Zane Bennet

CHAPITRE DEUX; Zane Bennet
_________ Chapitre Deux; Zane Bennet.èèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèè


J'ai toujours fait partie de ce que les gens appelaient la "jeunesse dorée" ou encore les enfants pourris gâtés et autres... En effet, la situation financière de mes parents était plus que correct et m'a toujours permis d'avoir tout ce que je souhaitais étant enfant. Sans mentir, j'en ai profité, beaucoup même. Un claquement de doigt et mon v½u était exaucé, il était plutôt aisé de se laisser griser par la sensation. J'ai passé mes vingt premières années dans une prison dorée de laquelle je ne souhaitais pas sortir. D'ailleurs je ne l'ai quitté que pour une autre prison luxueuse que je partageais avec ma petite amie. Comme nombre de parents, les miens m'avaient imaginé un avenir qu'ils s'attendaient simplement à ce que je suive. Médecin, avocat, politicien qu'importe. J'aurais même la chance d'épouser ma petite amie en grandes pompes à la fin de mes études, le tout financer par papa et maman. Franchement, je n'avais pas de quoi me plaindre, pas de quoi jouer le pauvre enfant riche qui ne connaissait rien au malheurs du monde. Mais il est dans la nature humaine de ne pas être satisfaite de son sort et de toujours chercher à obtenir ce que détient le voisin. Ce que moi je voulais était assez simple. Je voulais peindre, dessiner, gribouiller... Qu'importe. C'était la seule chose qui m'avait toujours intéressé depuis mes jeunes années. A cinq ans, je décorais mes salles de classe au stylo à bille et ma chambre à la peinture acrylique qui mettait ma mère dans tous ses états. Lorsque j'ai dit à mes parents que je souhaitais en faire mon métier, ils m'ont tout simplement répliquer que ce n'était pas pour moi. Alors voilà, le gamin qui n'a jamais connu que le luxe a finit par se barrer de chez lui il y a trois mois. J'ai quitté un immense appartement pour un studio mal chauffé, lâché des études de médecine pour un job de surveillance dans une galerie d'Art, largué famille et petite amie pour se retrouver tout seul. Et étrangement aujourd'hui, je crois que je n'ai jamais été aussi heureux. Je suis sorti de la torpeur d'une vie sans saveur pour découvrir les joies des plans sans lendemain. Je suis libre et je peins. Et ça, c'est génial.


Zane Bennet

New York, 15h30.èèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèè

Zane se trouvait dans son appartement. Lui qui avait été habitué au luxe, se trouvait maintenant dans un endroit qui était moitié moins grand que la chambre qu'il avait occupé des années chez ses parents. Assis sur un tabouret en bois depuis des heures, il fixait sa toile bigarrée. Grimaçant devant un rouge trop vif, le jeune homme se concentra sur sa palette pour éviter trop de dégâts. Une fois prêt à repartir à l'assaut de sa peinture, il fut interrompu par la voie nasillarde de son modèle.

- Eh, dis moi Zane, t'as pas de chauffage dans ta piaule ? Ça caille avec cette chemise..
Il reposa son pinceau à contre c½ur en soupirant. Il n'aimait pas être dérangé dans son travail et se leva pour donner un coup de pied quelque peu rageur dans le radiateur électrique qui avait tendance à faire des siennes ces derniers temps. Il se retourna et observa la femme de son angle de vue, elle avait des cheveux courts et roux, un nez disgracieux et de petits yeux. Zane aimait ce genre de modèle. Ce genre de personnes pleines de petits défauts qu'il devait prendre en compte et sublimer. Après un instant, il se rassit et contempla son dessin. Il n'avait pas peint ce qu'il avait vu, il avait tenté de peindre ce qu'il percevait. Derrière ses petits yeux, on devinait des rides d'expression, qui n'étaient sans doute pas arrivées là à force de rire. Ses lèvres étaient pâles et fines, elles semblaient trembler tout le temps. Cette femme paraissait avoir 40 ans, alors qu'en discutant quelques minutes avec elle, il avait appris qu'elle n'en avait qu'une trentaine. Le c½ur un peu plus serré, il redressa son pinceau sur la toile.

- Dis moi Zane... T'as vraiment pas l'air d'être du coin.
- Ma famille est à Los Angeles.
- Mmh. T'es pas une sorte de sérial killer ou de proxénète, hein ? Parce que je te préviens, j'en ai vu d'autres ! Un coup de pieds dans tes...
- Ne t'inquiètes pas Joey, répliqua-t-il en rigolant, tu veux boire quelque chose ? Il faut atteindre un peu que ça sèche.
- Ouais, merci. Un gin pour moi.

Zane lui lança une bouteille enfermée dans une glacière bon marché et se posta comme souvent, près de la grande fenêtre de son salon. La vue n'était pas à couper le souffle, en réalité, on ne distinguait pas grand chose à travers les points lumineux, les hauts grattes ciels, la fumée... Mais c'était ce qu'il aimait dans cette ville qui ne s'arrêtait de bouger ni le jour, ni la nuit. Il quitta des yeux sa fenêtre quelques secondes pour porter son regard sur Joey, mais celle ci avait quitté son fauteuil. Il eut à peine le temps d'hausser un sourcil qu'une bouteille se fracassait sur son crâne.

Zane tomba lourdement sur le sol pendant que Joey s'affairait rapidement autour de lui. En deux temps, trois mouvements, comme si elle avait fait cela toute sa vie, elle sortit une seringue pleine de son sac à main et chercha une veine dans le bras du jeune homme inconscient. Joey tenta tant bien que mal de le déplacer quelque peut vers le milieu de la pièce, puis abandonna bien vite. Rapidement, elle attrapa son sac et sa veste. Elle ne voulait rester ici plus longtemps, juste être payée et se barrer loin d'ici. En se redressant, elle se retrouva face à son portrait et, lentement, insidieusement, les larmes lui montèrent aux yeux. Elle les essuya rageusement., saisit un stylo et gribouilla un vague merci derrière la toile avant de quitter l'endroit rapidement.

En bas de l'immeuble, elle rejoignit son employeur dans une petite ruelle. Grand, blond, le visage dur, il lui remit une enveloppe en papier kraft silencieusement. Joey s'en saisit, compta rapidement les billets, lui rendit la piqûre utilisée et vide, et s'en alla rapidement pour se mêler à la foule New Yorkaise.

Du côté de Zane...èèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèè

Lorsqu'il ouvrit de nouveau les yeux, Zane eut un mouvement de recul brusque, qui réveilla la douleur au sommet de son crâne. Il jura entre ses dents en passant sa main dans ses cheveux pour vérifier s'il ne saignait pas. Il n'aurait qu'une bosse, telle était la bonne nouvelle. Après un moment à serrer les dents, il fit attention au décors qui l'entourait. Une plage, une mer calme qui venait s'écraser à ses pieds. Certainement rien à voir avec New York. Joey avait du frapper vraiment fort pour qu'il ait des hallucinations de ce genre. Lentement, pour ne pas brusquer sa tête et de risquer de partir de nouveau dans le noir, il se leva et fit quelques pas. La plage semblait s'étaler à perte de vue, et près de lui, se trouvait un étrange cabanon en bois. Il prit la direction inverse, espérant qu'en marchant le long de la plage, il finirait par mourir épuisé et qu'il se réveillerait tranquillement dans son appartement.

Dans d'autres circonstances, il aurait pu s'inquiéter de son agression mais si Joey souhaitait voler quelque chose dans son appartement, elle ne trouverait rien. Et il était à New York depuis si peu de temps que personne ne devait lui vouloir le moindre mal encore. La mer qui jouait près de ses pieds lui rappelait les longues promenades qu'il faisait à Los Angeles avec sa petite amie. Alors qu'il jouait avec une vague, il entendit une détonation qui le fit brusquement sursauter. Il tourna la tête, alerté. Puis réalisa tranquillement qu'il était en train de rêver et qu'aucun serial killer n'était réellement à sa poursuite, juste un simple effet de son imagination. Il soupira, tourna le dos à l'homme en noir qui le poursuivait, arme à la main et regarda la mer de nouveau.

Une deuxième détonation retentit cette fois plus près, et la balle ne le loupa pas. La chemise de Zane se teinta d'un rouge foncé. La panique le prit sans attendre. Il se mit à courir, trébucha dans le sable, s'affala, se releva plus vite et accéléra vers la cabane qu'il avait aperçu plus tôt, en espérant qu'elle lui serait d'un quelconque secours.

Un troisième coup de feu se fit entendre mais cette fois ci, il ne fut pas touché, avantage aux cibles en mouvement. Alors qu'il fonçait, il aperçu un corps de femme, allongé plus loin. Sans doute était elle morte pensa-t-il en accélérant, mais son esprit fut plus fort que son instinct de survie et il se jeta dans le sable à ses côté pour la secouer. Il nota rapidement qu'elle n'avait pas de trace de sang sur elle et se mit à crier.
- Réveille toi ! Allez s'il te plait !
La vérité, bien que puérile, était que Zane n'avait vraiment pas envie d'être seul dans ce cauchemar et qu'il préférait de loin se trouver en compagnie d'une enfant comme elle. Pourvu qu'elle soit en vie. Heureusement pour lui, elle ouvrit les yeux et il n'hésita pas plus longtemps pour lui agripper le bras et la tirer sans ménagement aucun.
- Mais qu'est ce que tu fais ? s'exclama-t-elle.
- Cours ! Il ne faut pas qu'ils nous rattrapent !
Pourquoi cette idiote posait elle des questions ? Qu'elle ne perde pas son souffle avec des interrogations à la con, ce n'était pas le moment. Il saisit son bras plus fort et la força à accélérer.
- Mais de quoi tu parles ? lâcha la jeune femme en cessant de courir derrière lui.
Une quatrième détonation répondit à sa place alors qu'il n'avait cessé de courir. Il jeta un regard en arrière, pour voir où se trouvait la fille et le poursuivant. Il lui tendit la main, une dernière fois, et sentit qu'elle l'agrippait de toutes ses forces en le rattrapant. Bien, au moins avait-elle l'intention de s'en sortir vivante. Même affolé, il lui vint en tête l'étrange pensée que parfois, il faisait vraiment des rêves complètement flippant...

# Posté le mercredi 15 avril 2009 11:56

Modifié le dimanche 19 avril 2009 06:44

CHAPITRE TROIS; Jin Yosuka

CHAPITRE TROIS; Jin Yosuka
_________ Chapitre Trois; Jin Yosuka.èèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèè

Parfois, je me demande si je suis tout simplement trop gentille, ou bien trop conne... Sérieusement. Je suis de ces personnes pour qui dire 'non' à quelqu'un relève de l'exploit. Ainsi, je suis la bonne copine de tout le monde et l'amie de personne. Je suis de celles dont on se souvient un moment mais pas que l'on n'oublie jamais. Si je dois me définir, j'utiliserais l'adjectif qualificatif : plate. Je ne m'énerve jamais, je suis toujours d'un calme olympien, toujours diplomate. En échange de cela, j'ai le bénéfice d'avoir une certaine notoriété tout de même. Pour peu que vous n'ayez pas fait votre exercice d'algèbre, vous savez à qui le demander... Mais surtout, cela m'assure la paix. Je ne suis pas l'objet de potins, de ragots. Je ne suis pas la jolie Européenne à la peau blanche, canon, drôle, et intéressante. Non, je suis juste la bonne copine de tout le monde. Ça se résume à ça. Pour être tout à fait honnête, j'admirais tout de même toutes ces filles aux jupes trop courtes, aux sourires trop blancs, aux rires trop forts... Quand on vit dans l'ombre des autres, on est facilement éblouie par le soleil, c'est un fait. J'étais de celle qui font la décoration d'un lycée, entre la coupe du rallye des maths et celle des majorettes, "Jin Yosuka, la fille qui ne sait pas dire non". Désespérant. Et si encore ma conversation avait pu être intéressante, mais apparemment le fait d'avoir perdu mes parents à 6 mois et d'avoir été adoptée par un couple de Japonais ne captivait pas vraiment les foules. Aujourd'hui encore, ils sont les seuls à me considérer toujours comme leur petit miracle personnel. Alors pour terminer cette description, je dirais que je suis très semblable à un robot de cuisine. Vous savez, celui qui est si utile pour éplucher vos carottes mais qui devient encombrant et inutile dès que vous n'avez plus de légumes. Celui que l'on oublit facilement sur l'étagère quoi, avec la poussière pour amie.

Jin Yosuka

Tokyo, 16h10.èèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèè

La cacophonie d'un lycée en pleine excitation donnait le mal de crâne à Jin. Fatiguée par sa journée, la jeune femme vidait son casier de ses affaires tranquillement. Le seul point positif d'aujourd'hui était que la jeune femme avait sûrement reçu son colis à l'heure qu'il était. Colis qu'elle attendait depuis des semaines maintenant. Alors qu'elle refermait à clés son casier, une jeune fille aux cheveux noirs de jais et bleu électrique lui sauta dessus, toute excitée.
- Jin ! Jin ! Il faut absolument que je te demande quelque chose !
- Oui, bien sûr, répondit calmement la jeune femme en se demandant si on allait lui emprunter son devoir de maths ou son invitation pour une fête ce weekend.
- Tu sais Adrian... Le nouveau... Il est Allemand je crois, comme toi non ?
- Non. Je suis d'origine polonaise.
- Ah oui, sourit-elle. Et bien disons que je le trouve craquant et que comme tu dois lui faire visiter le lycée... Peut être que tu pourrait lui parler de moi, non ?
- Bien sûr, je ferais ce que je peux, répondit Jin, lasse.
- Oh merci, tu es vraiment la meilleure !
Quand ça t'arrange, pensa amèrement la jeune femme qui lui adressa un signe de la main avant de s'éloigner vers la sortie de l'établissement.

Tokyo, 17h30.èèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèè

Comme tous les jours, Jin faisait un long détour par la ville afin de rentrer le moins rapidement chez elle. On aurait pu croire qu'elle serait pressée de quitter le lycée pour un endroit où elle pourrait enfin être en paix, mais ce n'était pas le cas de sa maison. Depuis quelques années déjà, sa mère subissait dépression sur dépression, et le moindre acte, la moindre parole de Jin pouvait parfois avoir des conséquences désastreuses sur elle. C'est pourquoi sûrement la jeune femme préférait éviter ce genre de confrontation.

Lorsqu'elle passa le seuil de l'appartement, elle fit le moins de bruit possible. Le meilleur des scénarios possible était celui où sa mère dormait et où elle parvenait à s'éclipser dans sa chambre discrètement et se faire oublier jusqu'au soir. Malheureusement pour elle, ce jour là, sa mère était allongée dans le canapé et ouvrit les yeux dès qu'elle franchit le seuil.
- Chérie ? C'est toi ?
- Oui Maman, répondit à voix basse la jeune fille.
- Mmh... ajouta sa mère en soupirant, tu as passé une bonne journée ?
- Très agréable, mentit Jin. Et toi ? Tu es bien reposée ? ajouta-t-elle en s'asseyant à côté d'elle sur un rebord du canapé.
- Oui... Laisse moi maintenant, ajouta sa mère froidement.

Sans demander plus, Jin se leva et quitta la pièce doucement. Elle n'en voulait pas à sa mère, elle savait que celle-ci faisait de son mieux, seulement parfois, la situation était difficile à supporter et dans ces cas là, il y avait toujours son père... Jin ne savait pas comment il faisait pour être aussi fort et parvenir à tout supporter. Il était plus qu'un modèle pour elle, un véritable héros, et il était le seul à qui elle ne pouvait mentir ou faire semblant. Il l'a connaissait bien trop. Une fois dans sa chambre, la jeune femme se laissa tomber sur son lit et, mollement, s'enroula dans sa couette et ferma les yeux un moment.

Du côté de Jin...èèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèè

Lorsque Jin ouvrit de nouveau les yeux, elle n'était plus dans son lit et à en croire la végétation aux alentours, elle n'était plus non plus à Tokyo. Le peu d'arbres qui existaient encore dans la ville, étaient entourés de bloc de béton et non de grands champs d'herbes hautes. Effrayée par cette vision qui semblait si réelle, la jeune femme bondit sur ses pieds, regardant avec anxiété autour d'elle.

Avait elle été enlevée ? Qui donc avait donc bien pu faire cela ? Après tout, elle n'avait strictement rien sentit pendant son sommeil. Car maintenant, elle était certaine de ne pas être en train de rêver. Les sensations sur son corps ne pouvaient être feinte par le sommeil. Le vent jouait avec ses mèches folles, l'herbe avait même cette odeur particulière qu'elle n'avait plus sentit depuis des années... Son subconscient ne pouvait tromper à ce point ses sens. A moins que... A moins qu'elle ne subisse une maladie comme celle de sa mère. Après tout, peut être était elle en train de devenir folle, elle aussi. Ce n'était peut être pas dans les gênes, mais Jin en avait suffisamment lu sur les maladies psychologiques pour réussir à repérer les premiers signes. Et se retrouver dans une plaine d'herbe au réveil, alors qu'on s'était tranquillement endormie dans son ses draps au douzième étage d'un gratte ciel, ne témoignait pas d'une santé mentale très sûre.

Perdue dans ses pensées, Jin n'avait pas entendu des bruits de pas derrière elle et ce ne fut que lorsqu'elle perçu enfin un soupire sonore qu'elle se retourna brusquement vers sa source. Devant elle, se tenait une jeune femme brune, d'à peu près son âge, qui la fixait avec les traits figés dans une expression de colère et d'agacement.
- Ton bras, lui asséna-t-elle.
Stupéfaite, la première réaction de Jin fut de baisser les yeux vers les siens afin de vérifier leur état. Tout semblait normal. Pourquoi cette fille avait-elle l'air si contrariée ?
- J'ai besoin d'aide. Il faut que tu me donnes ton bras.
- Je..., articula Jin, perdue.
- Donne !

Jin observa alors avec une surprise pleine de peur son propre corps désobéir à sa volonté. Son main droite agrippa son bras gauche et, le désarticula avant de l'arracher et de le tendre à la jeune fille impatiente. Un cris d'horreur retentit dans la tête de la jeune femme mais aucune voix ne lui fit écho. Le silence total pendant que l'inconnue partait avec son bras. Alors que Jin commençait à tourner de l'½il, son c½ur battant la chamade, ses genoux fléchirent enfin et un cri étouffé sortit de sa gorge alors qu'elle s'affalait au sol. Rapidement, elle porta sa main à son front pour en enlever la sueur et constata que ses membres étaient toujours à leur place. Ses deux bras, ses deux jambes, rien ne manquait.

Alors qu'elle tremblait encore de sa mauvaise expérience, Jin conclu qu'elle commençait bel et bien à avoir des problèmes psychologiques. Des hallucinations sûrement. Pendant les minutes qui suivirent, les choses n'allèrent pas en s'arrangeant. Alors qu'elle s'était recroquevillée au sol, elle assistait, impuissante, au défilé des personnes qui venaient vers elle pour lui ordonner de lui offrir une partie de son corps. Jin ne su dire si cette horrible torture mentale dura quelques minutes ou quelques heures. La douleur n'était pas physique, c'était juste terriblement choquant de voir ses membres partir un à un que son cerveau créait une douleur fictive pour expliquer tout cela. Au bout d'un moment, des larmes vinrent dessiner de longues traces sur ses joues pâles. Que ce soit un cauchemar, une illusion ou la réalité, tout ce qu'elle voulait était que ça se termine.

Brusquement, une jeune blonde apparu à ses côtés. Elle attira l'attention de Jin par ses expressions. La jeune femme ne ressemblait pas à toutes les autres personnes qui venaient de croiser la route de Jin. Elle était arrivée ici sans explication et semblait déboussolée. Cette dernière porta sa main sur son front, dégageant quelques mèches blondes, chancela un peu et tomba lourdement à quelques mètres de Jin.
- Je... crois que j'ai besoin d'aide, articula-t-elle lentement.
Jin resta silencieuse quelques instants, attendant un hypothétique ordre de lui donner une partie de son corps. Mais rien ne vint, la jeune blonde cligna des yeux plusieurs fois, semblant ne pas être dans son assiette.
- Tant que tu ne me demandes pas mon bras, répondit Jin.

# Posté le vendredi 17 avril 2009 18:49

Modifié le jeudi 08 octobre 2009 16:56

CHAPITRE QUATRE; Jake Thornhill

CHAPITRE QUATRE; Jake Thornhill
_________ Chapitre Quatre; Jake Thornhill.èèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèè

Hier j'ai lu un livre qui parlait d'amour. Oui, moi, Jake Thornhill, j'ai lu un roman d'amour. L'histoire de deux personnes qui étaient tout simplement écrites pour être l'une avec l'autre. Comme s'il n'y avait pas de véritable séparation entre leurs deux esprits, rien que l'un ne sache sans l'autre. Pour parler franchement, il y a quelques mois, j'aurais trouvé ça chiant. Chiant de lire, chiant de lire un roman d'amour, chiant d'être ce couple. Vous la connaissez vous, cette personne ? Celle qui sait tout, d'un regard, qui comprend tout, qui le comprend même parfois avant vous. Celle là même aurait facilement pu me taper sur le système pourtant maintenant, je la cherche. Oui, car voyez vous, si elle est si maligne, elle pourrait facilement me dire ce qui ne tourne pas vraiment rond chez moi. Je veux bien que les gens évoluent avec les années, qu'ils murissent et changent, mais quand du jour au lendemain, vous vous mettez à adorer quelque chose qui vous insupportait la veille, il y a de quoi se poser des questions. Je n'ai même pas l'excuse des hormones pour justifier mon attitude, j'ai 24 ans bientôt, j'ai appris à me contrôler. Alors aujourd'hui, alors qu'on me demande de me définir, je ne sais plus quel autre adjectif utiliser à part celui de : changeant. Je suis en mouvement, en évolution, en plein dans quelque chose que je n'arrive ni à saisir, ni à contrôler. Peut être que c'est une crise d'adolescence qui se pointe avec du retard... Il faut dire que je n'ai jamais eu l'occasion de le faire puisque mon père m'avait dressé un plan détaillé de carrière à suivre à la lettre avant même ma naissance. Études longues, chef d'entreprise marié à sa petite amie du lycée, jouant au football les weekends et supportant la même équipe que lui, venant manger chez ses parents tous les dimanches et ne travaillant pas trop tard le soir en semaine. Avoir des enfants aussi. Deux fils, qui joueraient des heures dans le jardins et deviendraient médecins ou banquiers. Et mon père continuait ainsi de se projeter sur les générations futures pendant des heures... Pas de chance pour lui, alors que j'ai décroché son job de rêve, je commence sérieusement à penser à une lettre de démission. Autant vous dire que je m'apprête à lui faire avoir un arrêt cardiaque. Vous comprenez maintenant ? Il faut vraiment que je la trouve cette personne. Qu'elle m'aide à retrouver ma vie normale. Et qu'elle se dépêche, surtout.

Jake Thornhill.

Los Angeles, 00h30.èèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèè

Le bureau était d'un calme olympien. En effet, plus personne ne travaillait à cette heure si tardive. Les immenses baies vitrées de l'immeuble donnaient une vue plongeante sur les rues animées de la Cité des Anges. Si New York ne dormait jamais, Jake ne pu s'empêcher de penser que Los Angeles n'était pas réellement une couche-tôt non plus. Lui encore moins. Le jeune homme s'étira sur sa chaise, étouffa un bâillement en regardant la nuit noire à l'extérieure. Il allait pousser un long soupir lorsqu'une voix familière vint lui crier gaiement.
- Joyeux anniversaire Jake !
Il sursauta légèrement surpris, avant d'afficher un sourire sur son visage familier. Jane, la secrétaire du bureau, la seule qui devait faire plus d'heures que lui, se tenait devant lui, un cookie dans la main, assez ridicule décoré de deux énormes bougies représentants un deux et un quatre.
- Merci Jane. Il n'y a que toi pour faire des trucs pareils, sourit-il.
Elle acquiesça, des cernes bleuâtres sous les yeux. Jake ne pu s'empêcher de noter qu'elle avait l'air plus vieille encore sous la lumière de sa lampe de bureau.
- Tu sais Jake, à vingt quatre ans on devrait vraiment passer sa soirée d'anniversaire ailleurs qu'au bureau.
- Notre chef est un tyran, tu le sais mieux que personne, répondit-il.
- Il ne t'en voudra pas si tu ne lui factures pas toutes tes heures sup' Jake. Allez file, mes vingt quatre ans sont loin derrière moi, et je ne tiens pas à ce que tu gâches les tiens. Donc je te mets dehors. Dégage Thornhill ! Et mange ton cookie sur le chemin !
Le jeune homme sourit à Jane, se levant de son bureau et enfilant sa veste. Depuis qu'il travaillait ici, elle avait toujours été celle de qui il se sentait le plus proche, malgré leur différence d'âge. Il l'embrassa sur le front avant de se diriger vers la sortie. Malgré ses 24 ans, et son désintéressement assez grand pour son travail, Jake préférait rester au bureau que retourner chez lui. Il savait pertinemment que sa petite amie avait du s'endormir en l'attendant, et qu'il aurait droit à une scène dès qu'il passerait l'entrée. Il devrait feindre de ne pas avoir vu le temps passer, et que ses 24 ans n'avaient pas tant d'importance, qu'ils fêteraient l'évènement un autre soir. Et puis, pour l'empêcher de parler plus, il ajouterait qu'il l'inviterait au restaurant pour se faire pardonner. Il était fatigué d'avance à l'idée de cette petite scène déjà planifiée, et hésita à prendre une chambre à l'hôtel en descendant les étages dans l'ascenseur.

Lorsqu'il passa le seuil de son appartement, il vit que son répondeur affichait une dizaine de messages, surement ses amis et sa famille qui n'avaient pas réussit à le joindre sur son cellulaire pendant la journée. Jake enleva sa veste discrètement et se dirigea vers la chambre à coucher. Par chance, il réussit à s'allonger sans réveiller Katy, sa petite amie. Soupirant d'aise, il sombra rapidement dans un sommeil profond, lorsque une heure du matin s'afficha en caractères rouges sur son réveil. Une fois que sa respiration fut calme et posée, la jeune femme à ses côtés ouvrit ses grands yeux bruns dans la pénombre. Rapidement, délicatement, elle se tourna vers son conjoint, posa sa main sur son bras, et, de l'autre, planta une aiguille sur sa veine pour y diffuser le produit contenu dans une piqûre.

Du côté de Jake...èèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèè

Le jeune homme se retourna. Il n'avait pas le sommeil vraiment lourd et bougeait souvent. On lui avait à plusieurs reprises fait la remarque qu'il lui arrivait de parler aussi. Souvent. Pour dire tout et n'importe quoi, et surtout raconter des choses absurdes telles « ne monte pas dans ce toboggan ». Lorsqu'il était petit, son frère aîné se moquait souvent de ce genre de détails. Et il avait l'habitude d'en sourire. Son sommeil cette fois ci, ne fut pas perturbé par un rêve étrange, mais il fut radicalement écourté par une chute. De mauvaise humeur, il ouvrit les yeux en grognant. Il s'arrêta brusquement. Il ne se trouvait absolument pas sur le parquet ciré de sa chambre. Au pied de son lit. Dans la ville de Los Angeles.

Jake était à l'intérieur d'une petite pièce, aux murs et au sol faits en bois. Ou la chaleur et l'humidité se faisaient ressentir fortement, et dérangeait votre respiration. Prenant appui sur ses mains, il se releva, pour détailler cet endroit qu'il n'avait jamais aperçu auparavant. Il ne rêvait pas, Jake en était parfaitement conscient. Ses rêves n'étaient d'ordinaire qu'un amas d'images, de lieux, de mots, rien de précis, parfois une action, mais qui n'avait pas le moindre sens. Ses rêves n'étaient pas composés d'images si nettes, de sensations si vraies. L'air oppressait ses poumons, et il du s'assoir sur le canapé d'où il venait de tomber pour remettre ses idées en place. La main sur le front, il soupira quelques secondes. Il aurait déjà eu du mal à croire que Katy posséda la force de le déplacer du lit jusqu'au canapé, bien qu'elle en eut une volonté d'acier, alors qu'il finisse sur le canapé d'une espèce de maisonnette inconnue, relevait du non-sens le plus complet.

Alors qu'il tentait de comprendre quelque chose, la porte de la pièce s'ouvrit à la volée et deux personnes entrèrent en courant, essoufflés. Surpris, Jake eut un mouvement de recul. La fille se laissa tomber au sol, essoufflée, les yeux grands ouverts, et la peur se lisant sur son visage. Instinctivement, l'homme qui avait vu Jake, se plaça devant elle et le dévisagea ne sachant à quoi s'en tenir.
- Je suis désolé, je ne savais pas que j'étais chez quelqu'un... Je... Ne sais pas comment je me suis retrouvé là, balbutia Jake.
- Moi non plus, cracha Charlie entre deux respirations saccadées.
Zane avait la main sur son bras gauche, à l'endroit où sa chemise s'était teintée d'un rouge qui ne présageait rien de bon. En plissant le front, il retira son habit pour voir l'ampleur des dégâts. Par chance, la balle ne s'était pas figée dans son bras, elle n'avait fait que l'effleurer et brûler suffisamment sa peau pour la faire saigner abondamment. Lorsqu'il releva les yeux, il vit deux paires d'yeux curieux posés sur lui et se souvint de la fin de leur conversation.
- Ne vous attendez pas à ce que j'ai des réponses, je me suis réveillé ici aussi. J'étais persuadé que j'étais en train de rêver, mais vu l'état de mon bras et le tireur fou à l'extérieur, je crois qu'on nous a joué un sale coup.
Charlie soupira, se releva du plancher, et vint s'assoir sur un fauteuil, à distance des deux garçons. Jake l'observa quelques secondes, avec ses longues mèches de cheveux bruns en désordre, ses mains enroulées autour d'elle, et ses yeux verts apeurés, elle avait l'air d'une enfant à peine sortie d'un cauchemar. Puis soudainement, Jake se focalisa sur les paroles de Zane.
- Euh, excusez moi... commença-t-il.
- Mmh ? Répondit Zane, occupé à se diriger vers l'évier.
- Ce tireur fou, là... Il est où ?
Zane se retourna brusquement et échangea un coup d'½il apeuré avec Charlie.

# Posté le vendredi 01 mai 2009 09:30

Modifié le jeudi 08 octobre 2009 17:15

CHAPITRE CINQ; Billie Waterglow

CHAPITRE CINQ; Billie Waterglow
_________ Chapitre Cinq; Billie Waterglow.èèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèè

Il est étrange d'avoir à se décrire. Ou plutôt, je dirais qu'il est difficile d'avoir à me décrire. Ou alors il faudrait n'utiliser que le passé. J'ai été, j'ai eu, j'ai vécu. Aujourd'hui... Disons que c'est un peu différent. En réalité, j'étais de ces gens qui existent au lycée, disparaissent après. Je savais que je n'aurais jamais les moyens financiers de poursuivre des études longues. Alors j'ai profité comme si c'était mes dernières années. C'était la fin de mon enfance, après je savais qu'il faudrait que je me soucie de trouver un job, de payer l'électricité, et d'aider ma mère et mes frères à s'en sortir. Alors le lycée, qui est si compliqué pour certain, était mon évasion pendant quelques temps. Là bas, j'étais Billie, la belle blonde, qui avait le monde et surtout les garçons à ses pieds. Je n'ai jamais prétendu être quelqu'un d'autre, seulement j'ai tout fait pour que ma personne intéresse. Et puis, tout ça c'est terminé. Aujourd'hui, je suis serveuse dans un bar de Londres. Je travaille une dizaine d'heures par jour. Les factures s'accumulent. Les ennuis aussi.

Billie Waterglow

Londres, 23h40.èèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèè

Le bar était plein. Même pour un jour de semaine. Il était plutôt réputé dans la ville et de nombreux jeunes le fréquentaient avec assiduité. Billie, même si elle appréciait peu le job de serveuse, devait au moins admettre qu'elle aurait pu tomber sur un lieu bien pire. Heureusement que le patron était un peu voyeur sur les bords et qu'il avait apprécié ses longues jambes. Tant qu'il gardait ses mains dans ses poches et lui versait son salaire à la fin de la semaine, cela lui allait. Cet argent était nécessaire pour assurer la routine de leur famille. Deuxième fille d'une famille de quatre enfants, l'argent n'avait jamais coulé à flot et si sa s½ur avait eu la chance de pouvoir poursuivre ses études, Billie, elle, n'avait pas pu. La jeune femme ne retenait pas en elle une immense ranc½ur. Elle savait que Katlyn était douée, et qu'elle méritait ce qu'elle avait eu. Billie préférait se dire qu'un jour, elle aussi aurait de la chance. Mais apparemment pas aujourd'hui.

- Mademoiselle ?
- Oui ? Répondit-elle.
Un jeune homme venait de s'adresser à elle, de l'autre côté du bar. Penché en avant, son bras cachait la jeune fille qui l'accompagnait, et qui semblait agacée.
- Une vodka pour moi, un jus d'orange pour la demoiselle.
- James, merde, j'ai 21 ans !
- Tu restes ma petite s½ur, coupa le garçon.
La jeune femme leva les yeux au ciel, sa frange brune couvrit ses yeux lorsqu'elle plongea dans son sac pour sortir sa carte d'identité, et asséna avec force en la posant sur le bar.
- Un verre de champagne, s'il vous plaît.

Billie acquiesça. Elle avait été de ces jeunes filles elle aussi. En posant les deux verres d'alcool sur le bar, elle n'esquiva pas le regard mauvais du garçon. Après tout, elle n'était du genre à baisser les yeux devant personne.

Londres, 00h35.èèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèè

Le service de Billie se terminait dans quelques minutes. A une heure du matin exactement. La plupart du temps, elle enchaînait les services de l'après midi et ceux du soir, ce que ses collègues rechignaient à faire. Bien entendu, le soir, elle était vraiment épuisée, et disposait de moins de patience pour répondre aux clients désagréables, mais on lui pardonnait souvent son ton, allez savoir pourquoi. Le bar se vidait doucement, et elle avait commencé à nettoyer quelques verres. Un homme aux cheveux bruns qui ondulaient légèrement vint s'assoir en face d'elle.

- Je vous offre un verre ?
- Je suis la serveuse, coupa-t-elle.
- Et alors ? Sourit le jeune homme.
- Alors rien. Autant que je profite de votre carte de crédit pour boire. Moi ce sera un cocktail, pour vous ?
- Faites en deux, s'amusa-t-il.
- A vos ordres, contra Billie.

Billie avait de longues et fines mains. Avec le temps, celles ci s'étaient révélé être particulièrement douées avec les bouteilles et les shakers en tout genre. Parfois, les jours de fête, elle s'amusait à faire quelques petites passes de barman qui impressionnaient toujours les clients. Cependant ce soir, il était tard, et elle aurait été prompt à casser une bouteille. Billie servit cependant habilement deux cocktails, allant même jusqu'à les décorer de sucre, d'une paille et d'une tranche de citron.

- Merci, répondit le jeune homme lorsqu'elle posa son verre en face de lui en s'accoudant au bar.
- Vous êtes nouveau ici ? questionna-t-elle sans prendre de détours.
- On peut dire ça comme ça, en effet.

Il lui sourit encore, ajouta que son cocktail était vraiment bon et qu'il faudrait qu'elle lui en donne la recette. Les clients désertaient petit à petit, et elle repoussa un peu son couvre feu pour boire un nouveau cocktail. Au bout du troisième, l'homme était passé derrière le bar et s'amusait à en composer un, pendant que Billie, un peu éméchée, débarrassait encore quelques tables.

- La recette du jour, dit il fièrement, en lui tendant une boisson rouge et pétillante. Au fait, je ne connais pas votre nom...
- Billie, répondit elle en avalant une grande gorgée.
- Enchanté, sourit il. Pour ma part c'est...
- Inutile, le coupa-t-elle. Je ne m'en souviendrais pas demain.

Il sourit une nouvelle fois. Et au moment où elle se disait qu'il souriait vraiment trop souvent, elle sentit ses jambes faillirent à son équilibre. Comme une poupée désarticulée, elle s'affala sur le sol, et bientôt, ses yeux ne distinguèrent plus qu'un grand vide noir, qui n'était pas la couleur du carrelage du bar.

Du côté de Billie...èèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèè


Lorsque Billie Waterglow se retourna sur elle même, prise dans les flots d'un sommeil agité, elle plissa le nez, quelque chose la gênant. Fronçant les sourcils lorsqu'elle se rendit à l'évidence qu'il fallait qu'elle se lève malgré des maux de crâne carabinés. Elle s'y reprit à trois fois avant de pouvoir ouvrir les yeux et distinguer quelque chose de net. De l'herbe. Elle était allongé sur de l'herbe. Bon dieu, pensa-t-elle, que s'est il passé hier soir ? Difficilement, elle se redressa pour découvrir autour d'elle, une grande plaine d'herbes hautes, sans personne aux alentours. Définitivement pas le genre de végétation que l'on rencontrait à Londres. Un bruit de respiration saccadée attira son attention dans son dos. La jeune femme se retourna, la main sur son front, et fut à la fois soulagée de découvrir un autre être humain et inquiète de voir dans quel état se trouvait celui-ci.

C'était une jeune fille. Plus jeune qu'elle de quelques bonnes années. Elle avait des cheveux bruns ébène, coupés en dessous du menton, qui formaient au dessus de son crâne un sacré désordre. Et les plus grands yeux que Billie n'avait jamais vu. Deux grandes billes noirs qui ne reflétaient que de la peur. Par réflexion des émotions, les sourcils de Billie se froncèrent d'inquiétude en l'observant. Étrangement, ce fut l'autre fille qui parla la première.

- Tout va bien ?
- Je te demanderais plutôt ça à toi...
- Ça peut aller. Tant que tu me demandes pas mon bras.


# Posté le vendredi 01 mai 2009 09:31

Modifié le jeudi 08 octobre 2009 11:39